Un petit rajout sur les années 1990 dont je n’ai pas parlé. J’ai collaboré à l’époque, j’ai travaillé avec une structure qui s’appelle la ligue Justice Prison. C’est une structure qui a été créée par Roland Agret. Il est décédé le 18 Septembre 2016.

Roland Agret a défrayé les chroniques à l’occasion de nombreuses reprises. Il a fait de nombreuses années de prison, il contestait ce qu’on lui reprochait.  C’était quelque chose d’extrêmement grave. Il contestait de façon très violente à chaque fois en se coupant un doigt. Il s’est coupé plusieurs doigts…
C’était un de ses combats. Pourquoi a-t-il été en prison ? . C’était quelqu’un qui avait eu une jeunesse un peu turbulente. Ce n’était absolument pas un gangster de haut niveau. Il a été pris dans la région stéphanoise dans une très sale affaire à l’occasion du meurtre d’un garagiste de la région.
Il a été accusé du meurtre de ce garagiste, ce qu’il a tout le temps nié. Finalement, il a été condamné. Il est entré en prison, il a continué à nier et à demander la réouverture de son procès. 
Il est resté plusieurs années et pour que son procès soit ré-ouvert, il a commencé à se couper un doigt. Il s’est recoupé un deuxième doigt. On a parlé de lui et son dossier a été ré-ouvert. Il a été rejugé et on s’est aperçu qu’il y avait des pistes qui n’étaient pas les bonnes.
Il a été blanchi finalement. Mais il a fait 6-7 ou 8 ans de prison. A partir de là, il a créé la ligue Justice Prison destinée à venir en aide aux personnes qui étaient comme ça condamnées avec de l’incertitude.

Il crée Justice Prison, prend contact avec des avocats et vient en aide aussi souvent que possible à des gens qui ont été dans la même situation que lui, pas forcément aussi grave.
Lui, c’est pas du tout un chanteur. Mais il aime bien créer des chansons et il aime bien chanter. Il a besoin aussi d’argent par rapport à ce qu’il fait. Il se dit qu’il pourrait organiser des choses sur Paris en parlant des affaires et en mettant une partie musicale où il chanterait, où il y aurait d’autres personnes qui chanteraient aussi.
Mais tout ça, il ne l’a jamais organisé. Il pense à son vieux copain à Paris qui s’appelle Serge Livrozet. Je le connais très bien. A l’époque, je ne connais pas Roland Agret mais je connais très bien Serge Livrozet. C’est aussi quelqu’un qui a fait beaucoup de prison.

Mais au moment où il le contacte, Serge Livrozet a rejoint la Fédération Anarchiste. Il a eu une vie particulière. Il n’a pas connu son père, sa maman était une prostituée.Il n’a pas eu une vie pas facile. Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée. Il s’engage dans les parachutistes à 19 ans. Il fait 6 ans d’armée, il commence avec une vie qui très loin du mouvement révolutionnaire.
Après il sort de l’armée, il devient gangster et un vrai gangster de la grande époque, un gangster extrêmement spécialisé. Il va devenir une référence du métier chez les perceurs de coffres-forts.
Il n’a pas de sang sur les mains et c’est un vrai gangster. C’est un perceur de coffres. Quand un coup se monte, quand on a besoin dans le milieu d’un perceur de coffres, il est parmi les pointures du métier. 
Mais il va être pris, il va aussi faire beaucoup de prison, huit ans de prison en deux trois fois en tant que perceur de coffres. En prison, il commence beaucoup à bouquiner. Il a le temps !
Livrozet est un type étonnant ! En même temps, il devient comptable, il passe des examens de comptable en prison. Quand il sort il ne fait plus perceur de coffres-forts. Il avait vraiment eu une grande période de perceur de coffres-forts.
Il monte une entreprise, il devient comptable. Il devient même expert-comptable. Il va faire autre chose, il va créer une imprimerie. Il va beaucoup bouquiner, il rejoint les milieux libertaires. Il rejoint la Fédération Anarchiste. Il commence à sortir pas mal de bouquins, il va en écrire une dizaine.
Il collabore au Monde Libertaire, il collabore à La Rue.

Roland Agret le connaît et parle à Livrozet. “Je voudrais monter des galas comme ça sur Paris. Tu ne connais pas quelqu’un qui pourrait me donner un coup de main ?”.
Livrozet lui dit “T’as qu’à bosser avec l’imprésario des anars : Patrick Kipper !”. C’est lui qui me met en contact avec Agret. Et avec qui je vais bosser pendant 5-6 ans. On va monter 3 galas par an. On s’installe au théâtre Clavel.
C’est la ligue Justice Prison. On commence à monter des galas. On en monte un ou deux, ça se passe bien.

Entre temps, j’ai participé à un truc dont je garde un souvenir très particulier. Pour la ligue Justice Prison, il y a eu une démarche importante à faire auprès du Ministère de la Justice. Il a fait appel à un certain nombre de personnalités pour partir en délégation au Ministère.
Moi j’étais tout le temps là dans le coup avec lui, j’organisais tout le temps des trucs avec lui. C’est marrant mais je vais me retrouver avec eux en voiture en allant au Ministère de la Justice. Il y avait Monseigneur Gaillot qui était mis à l’écart après de l’évêché, il s’occupait des sans papier, des sans domicile. Il y avait Alain Krivine, c’était le secrétaire général de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui a été remplacé maintenant par le Nouveau Parti Anticapitaliste. Il y avait aussi un humoriste très connu à l’époque : Roland Magdane.Il y avait aussi une avocate du barreau de Bordeaux.
On avait une voiture qu’on avait recréée avec une cage à l’intérieur avec un prisonnier fictif. Et il y avait Mouna qui était un personnage contestataire très particulier de Paris. C’était un ancien parachutiste qui avait été patron de restaurant. Il avait vendu son restaurant pour devenir agitateur anarchiste et il circulait à Paris en vélo. Il ouvrait la route en vélo. Il y avait quelques voitures en délégation.
Moi je me retrouve dans la voiture avec Monseigneur Gaillot, Roland Magdane et Alain Krivine.

On reprend les galas, je remonte un gala avec la ligue Justice Prison avec Roland Agret qui était le président de la ligue et qui chantait aussi. Avec Serge Livrozet qui faisait les tours de magie sur scène et aussi le fils Mesrine qui est magicien.

Je mets une chanteuse avec et c’est Sabine Viret.

Mais là, ce gala, il ne passe pas. La préfecture de Paris l’interdit. Roland Agret et Serge Livrozet sont très connus. Quand ils ont été en prison, ils n’ont pas été tranquilles. Serge Livrozet, c’est lui qui a monté les premiers syndicats à l’intérieur des prisons.
La préfecture prend un prétexte pour ne pas autoriser la soirée. Je bosse encore dans les années 90. Le directeur de théâtre me téléphone et me dit “Faut que tu viennes pour régler ça, je ne veux pas d’ennuis comme ça. Vous ne pouvez pas jouer.” 
Ils me demandaient un certain nombre de choses, ils ne voulaient pas l’interdire pour l’interdire. Mais ils se saisissent de prétextes, des conditions que n’avaient pas été précisées comme il fallait pour que le gala puisse être organisé.
Il fallait que je donne des précisions importantes qu’ils demandaient. On était en début d’après-midi, je bossais et le gala avait lieu le soir.
Heureusement j’étais au syndicat, j’ai pu me libérer. J’ai donné les précisions qu’ils voulaient. Je les ai envoyées par le fax de la Fédération Anarchiste. Exprès. Pour qu’ils voient d’où ça vient. Je ne me cachais pas. Je travaillais avec la ligue Justice Prison mais je ne me cachais pas de la Fédération Anarchiste. 
Après ils ont autorisé que le spectacle ait lieu le soir. Mais pendant un an, ils m’ont obligé à déclarer tous mes spectacles au commissariat de police de l’arrondissement de Paris où j’étais.
Et pendant un an, ils m’ont envoyé tout le temps un inspecteur pour vérifier mes spectacles. Finalement, après, c’était toujours le même qui venait tout le temps.
Sabine Viret se souvient très bien de ce gala avec Agret, Livrozet, le fils Mesrine. Un grand moment !

C’est ça que je voulais rajouter et pour clore, je voulais dire que finalement au niveau de la chanson, j’ai été amené à faire passer sur scène 250 chanteurs et chanteuses. Presque tout le temps en position de producteur ou alors comme agent, mais rarement en tant que programmateur même si ça m’arrivait aussi.
Je crois que c’est pas mal ! Je voudrais citer un certain nombre de noms, je ne vais pas citer les 250 noms. Ça a tout le temps été un choix. 

Tout spectacle que j’ai fait a eu à chaque fois son importance. Il y en a qui ont une importance plus grande que d’autres parmi ces chanteurs que j’ai fait passer.Je veux simplement citer quelques noms pour dire ceux qui sont plus importants pour différentes raisons.

Je commence par Marcel Eglin parce que c’est le premier avec qui j’ai fait un concert. On est en 2020 et on est toujours en contact. Et j’ai fait régulièrement des spectacles avec lui, d’abord avec Rémy Robin puis avec Marcel Eglin tout seul. Maintenant il tourne avec sa compagne Françoise Vincent. Voilà, c’est tout un parcours de toute une vie !
Serge Utgé Royo parce que le premier concert professionnel c’est avec lui. Et j’ai été son agent pendant une dizaine d’années. Et on a le parcours dans le milieu libertaire.

Fabienne Elkoubi, elle est là au tout début. Je vais monter avec elle et Sara Alexander qui est aujourd’hui décédée.

Et Sabine Viret avec qui je travaille depuis de 25 ans, avec qui j’ai fait plus de 100 concerts.  Je vais monter un spectacle qui s’appelle “Les Chanteuses de la Méditerranée”. Je vais les réunir toutes les 3 et on va faire pendant 5 ans quelques très belles dates à travers la France.
Une autre chanteuse Elsa Corteau, une belge, avec qui je vais faire des spectacles au début de mon aventure pendant quelques années. Et après, elle va s’arrêter de chanter.
Une bretonne qui va faire un petit passage éclair Anne Trébaol. J’aurais aimé qu’elle continue à chanter. Elle avait complètement disparu. 
Je l’ai retrouvée dans un métro à 7 heures du matin, je partais bosser. Elle était momentanément pompiste. Je l’ai de nouveau reperdue de vue.
Louis Capart, breton, qui va fêter ses 75 ans et que j’ai suivi pendant toute sa carrière. J’ai à peu près organisé tous ses concerts à Paris. J’ai 30-35 ans de parcours avec lui. Alain Aurenche, c’est pareil, avec qui j’ai 35 ans de parcours sans être son agent.

Bien sûr, Marie Josée Vilar. Elle, j’ai produit ses albums, ses 250 concerts, ses 20 ans de vie artistique en commun et un peu plus. Annkrist une bretonne. Une chanteuse très particulière, une des grandes voix de la chanson en Bretagne. J’étais son agent 2 fois un an.


Article publié le 31 Août 2020 sur Monde-libertaire.fr