Novembre 13, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Le groupe Henri Laborit a participé au rassemblement devant le monument pacifiste de Saint-Hilaire-le-Vouhis (85). Rassemblement organisé par la Libre Pensée et le mouvement de la Paix.

Texte de l’intervention :

Ce monument aux morts, des frères Jan et Joël Martel, où une pelle et une pioche ont remplacé les fusils , ce monument autour duquel nous sommes rassemblés aujourd’hui, commémore les victoires et les défaites de armées ; mais, surtout, il nous rappelle le sang versé par des êtres humains, tués par d’autres êtres humains.…

Il nous rappelle l’infinie tristesse, l’inconsolable tristesse, de toutes les mères, qui sous le nom gravé dans la pierre, voient le visage de leur tout-petit, qui était tout amour, et qui a été tué à la guerre.
Oui, cette souffrance des femmes, des mères, est aussi politique, même si elle est trop souvent absente des discours patriarcaux de ceux qui vénèrent la mère-patrie.

Il nous rappelle, ce monument, que toutes les guerres sont des barbaries. Il n’existe pas de guerre juste, même quand le peuple prend les armes, pour un soulèvement légitime, tant est grand le risque que l’on prenne les moyens pour une fin, tant est grand le risque qu’une dictature en remplace une autre…

Il nous rappelle que les guerres sont des barbaries programmées et organisées par les états, au profit des plus puissants, au profit de ceux qui se pensent les maîtres du monde, et qui estiment avoir droit de vie ou de mort sur le peuple, sur d’autres êtres humains, en les envoyant se faire tuer au combat.

O faut torjou que les ptits mouriant por les grous ! [<a title="Il faut toujours que les petits meurent pour les gros ! (Présent du subjonctif)
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Et comme il s’agit d’une commémoration, il est bon de rappeler ce que sont les guerres, même si cela peut paraître évident.
Les guerres consistent pour des êtres humains à abattre ou fusiller leurs frères humains, à violer des femmes, à assassiner l’innocence des enfants ; elles consistent à faire survivre toute la population, sous les sirènes et les bombardements, dans la peur, dans l’angoisse, dans l’effroi, à chaque heure, à chaque minute de ce qu’il leur reste d’existence.

Respect à ces soldats qui ont jeté leur fusil plutôt que d’assassiner l’être humain qui se trouvait en face !
Respect à ces soldats que la peur de mourir à fait fuir et déserter les champs de bataille !
Respect à ces hommes qui se sont cachés, ou qui ont été emprisonnés plutôt que de partir au combat !
Respect à tous les insoumis, réfractaires, déserteurs, objecteurs de conscience, pacifistes !
Respect à toutes celles et ceux qui ont compris que la guerre se déroule toujours au profit des plus riches, des puissants, et au détriment du peuple ! C’est toujours le peuple qui paye !

O faut torjou que les ptits mouriant por les grous !

Et, quand la guerre est terminée, que fait-on ?
Eh bien on prépare la suivante, on prépare la prochaine guerre !

Entre deux guerres, on reconstruit ce qui a été détruit, en attribuant au passage de juteux marchés aux profiteurs de guerre, aux entreprises transnationales du BTP, de l’industrie, de l’énergie, etc.
Au détriment de l’économie locale. L’aide financière internationale peut ainsi revenir à ses généreux donateurs…
Mais, on reconstruit selon le modèle capitaliste occidental, qui induit un type de développement mortifère, destructeur de l’environnement, et qui accentue la dépendance envers le modèle économique capitaliste.
On reconstruit en modernisant… Vous avez remarqué, notamment avec la loi de modernisation sociale votée il y a quelques années : lorsque l’on veut libéraliser et déréglementer, on dit qu’on modernise.
On va donc aussi moderniser les services publics, la santé, l’éducation, la culture… , créant ainsi de nouveaux facteurs de déstabilisation, de conflits, de ressentiment.

Entre deux guerres, on ne modernise pas que les villes, les infrastructures, les services… on modernise aussi les cerveaux, en les colonisant, notamment les cerveaux de la jeunesse qu’on prépare pour la prochaine guerre.
Loin de favoriser l’émancipation de la jeunesse, on lui inculque l’obéissance, le respect de la hiérarchie et la soumission, avec la sacralisation de la patrie, de sa guenille tricolore, de son hymne national guerrier, avec le respect de l’uniforme.
Oui, c’est cela le Service National Universel ! Ce SNU dont le gouvernement attend le retour d’expérience afin de le généraliser.

Entre deux guerres, on glorifie l’appartenance identitaire, et on accrédite l’idée que les difficultés économiques et la pauvreté qui s’installe, sont dues à ces populations venues d’un plus grand Sud, ces femmes, ces hommes, ces enfants, qui fuient la guerre, qui fuient une plus grande misère…
Parce qu’enfin, pour ces abrutis, ‘On est chez nous !’, ‘Qu’ils retournent en Afrique, qu’ils retournent à leurs souffrances !’

Entre deux guerres, on améliore la rentabilité des entreprises d’armement en développant de nouveaux marchés extérieurs pour vendre toujours plus d’armes, d’avions, de sous-marins…
Mais on l’améliore encore davantage cette rentabilité, depuis quelques années, en ouvrant ce marché à l’intérieur des frontières, le marché de la sécurité intérieure, contre ‘l’ennemi intérieur’… en équipant la police avec de nouvelles armes toujours plus innovantes, toujours plus sophistiquées, toujours plus dangereuses, et toujours plus proches des armes de guerre, pour réprimer les manifestations, les soulèvements, pour réprimer la colère du peuple.

Aujourd’hui, noire est notre colère !

O falét torjou que les ptits mourissiant por les grous ! [note]

Ni patries ni frontières !
Ni dieu ni maître !
Vive la sociale !
Vive l’anarchie !

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Les phrases en dialecte poitevin-saintongeais sont extraites du poème Ménie, de Michel GAUTIER, écrivain libertaire poitevin (Vendée)




Source: Monde-libertaire.fr