Janvier 21, 2021
Par Le Poing
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Une premiĂšre journĂ©e de grĂšve, Ă  l’appel de la CGT, pour les hospitaliers aprĂšs le SĂ©gur de la santĂ©

Une cinquantaine d’employĂ©s du Centre hospitalier universitaire de Montpellier ont passĂ© le temps du dĂ©jeuner, ce jeudi midi, sous les fenĂȘtres du Centre Benech, Ă  l’hĂŽpital Lapeyronie. Lequel abrite l’administration qui gĂšre les onze mille agents travaillant au service du plus gros employeur de la ville. La CGT avait appelĂ© Ă  une journĂ©e de dĂ©brayage des “hĂ©ros essentiels de l’annĂ©e 2020” (selon ses propres termes, teintĂ©s d’humour noir).

On est Ă  prĂ©sent en janvier 2021. Le COVID est toujours lĂ , pour Ă©craser certains services. Mais il faut aussi compter avec Chronos, pour pourrir l’ambiance de ce dĂ©but d’annĂ©e. Chronos est un logiciel, dont la direction hospitaliĂšre vanta les qualitĂ©s de toute confiance qu’il allait permettre d’installer dans la gestion des temps de travail des personnels, et leur rĂ©munĂ©ration correspondante, au moment de sa mise en service. Sauf que patatras : pour la deuxiĂšme annĂ©e consĂ©cutive, un bug fait que 104 000 heures de travail sont rĂ©clamĂ©es Ă  2500 agents environ, qui seraient un trop-perçu !

Soit environ une semaine entiĂšre de temps de travail supplĂ©mentaire, que ces personnels devraient effectuer cette annĂ©e, pour rĂ©parer la soit disant erreur informatique, d’un systĂšme qui leur reste en grande partie opaque. En matiĂšre de confiance, comme de reconnaissance des efforts exceptionnels consentis par temps de COVID, on imagine meilleure façon d’attaquer l’annĂ©e. Cette bavure technologique a Ă©tĂ© l’occasion de rappeler un chapelet d’insatisfactions et d’irrĂ©gularitĂ©s touchant au temps de travail.

Il en va des soldes positifs finaux, qui ne sont pas reconvertis en heures supplĂ©mentaires rĂ©munĂ©rĂ©es, mais en repos compensateurs (« on va troquer un jour de NoĂ«l travaillĂ© loin des enfants contre un mardi anonyme en pleine semaine de fĂ©vrier Â» citait en exemple RĂ©my Ruiz, l’un des responsables syndicaux). Il en va des temps de dĂ©shabillage-rhabillage non comptĂ©s, qui finissent par totaliser plusieurs journĂ©es. Et encore les temps de dĂ©passement pour les nĂ©cessitĂ©s de service, qui font pschitt en-dessous de quinze minutes. ParticuliĂšrement lourd : un dimanche sur deux est travaillĂ©, quand la loi n’en prĂ©voit qu’un sur trois. Etc.

Chaque exemple peut paraĂźtre en lui-mĂȘme mineur. Au total des mises bout Ă  bout, la portĂ©e symbolique est considĂ©rable, pour des mĂ©tiers de l’attention et du sacrifice sans compter, sur lesquels on a voulu broder toute une phrasĂ©ologie de l’hĂ©roĂŻsme. Le mĂȘme RĂ©my Ruiz rĂ©cuse fermement ce terme, manipulateur et galvaudĂ©. Dans un dĂ©veloppement trĂšs nourri, Ă  teneur quasi philosophique, il a dĂ©fendu au contraire la notion de « mission Â» mais alors en lui confĂ©rant un sens extrĂȘment fort : « Ne plus rien ressentir face Ă  la dĂ©tresse et la mort, c’est cesser d’ĂȘtre humain. C’est dans la lutte quotidienne pour rester humain [auprĂšs des patients] que rĂ©side la pĂ©nibilitĂ© du service hospitalier Â».

C’est celle-ci qui mĂ©rite d’ĂȘtre honorĂ©e. On parle d’honneur ? C’est donc l’occasion d’examiner la liste des rĂ©cipiendaires de la derniĂšre promotion de la LĂ©gion d’honneur au CHU du Montpellier : « Sur 11 000 agents, aucun salariĂ© du rang [parmi les rĂ©cipiendaires de la dĂ©coration]. Exclusivement des chefs de service et des directeurs. Exclusivement des hommes, quand 80 % des effectifs sont des femmes Â». De quel honneur faut-il donc parler, si on considĂšre que les 800 000 heures de travail en excĂšs effectivement dĂ©comptĂ©s par le fameux Chronos, « reprĂ©senteraient les 450 postes supplĂ©mentaires Ă  crĂ©er, dont les services ont besoin Â».

A dĂ©faut de LĂ©gion d’honneur, il se sera donc distribuĂ© des primes COVID inĂ©galitaires, des revalorisations SĂ©gur « qui n’ont fait que compenser partiellement les baisses de rĂ©munĂ©ration  accumulĂ©es Ă  travers le gel des salaires pendant des annĂ©es antĂ©rieures Â». Dans cet univers de mĂ©dailles en chocolat, il faut encore remarquer « qu’en percevant la revalorisation du SĂ©gur, les plus pauvres des agents y ont perdu leur prime d’activitĂ©, et se retrouvent encore plus pauvres Â».

Il n’y a pas de hĂ©ros, mais des travailleurs accomplissant leur mission. Cette mission doit ĂȘtre honorĂ©e. « Mais l’honneur, ça ne rapporte rien. Nous ce qu’on veut, ça n’est pas de l’honneur. C’est de la justice Â» a conclu l’orateur. Et de se diriger vers une stĂšle de carton appelant Ă  la “mort de Chronos”. Au pied de celle-ci, il a dĂ©posĂ© le premier stĂ©toscope de son dĂ©but de carriĂšre, alors chargĂ© de beaucoup d’espoir, d’honneur et de dignitĂ©. Il y a rajoutĂ© sa blouse d’infirmier. Y a mis le feu. Brasier des vanitĂ©s.




Source: Lepoing.net