« Pour certains faits, on peut presque parler de torture »

Nos confrĂšres de Street Press sortent une grande enquĂȘte sur un systĂšme de violences policiĂšres au Tribunal de Paris. Un brigadier et plusieurs centaines de documents rĂ©vĂšlent « un vaste systĂšme de maltraitance raciste dans les cellules du tribunal », touchant des centaines, voire des milliers de dĂ©tenus. Un scandale d’État Ă©norme.

« L’immense bĂątisse de verre se dresse sur 38 Ă©tages en direction du ciel. Et, on le sait moins, trois niveaux souterrains. Le plus grand tribunal d’Europe oĂč chaque jour se pressent prĂšs de 9.000 personnes. C’est au premier et second sous-sol que se cache le dĂ©pĂŽt, thĂ©Ăątre de la plupart des faits que rĂ©vĂšle cette enquĂȘte. Une enfilade de cellules aux murs blancs privĂ©es de lumiĂšre naturelle oĂč les dĂ©fĂ©rĂ©s sont enfermĂ©s avant et aprĂšs leurs passages devant le juge. Au total prĂšs de 200 fonctionnaires de police sont chargĂ©s de surveiller jour et nuit les 120 cellules. C’est dans ce sous-sol aseptisĂ©, mais aussi prĂ©cĂ©demment dans celui insalubre de l’ancien tribunal qu’une vingtaine de fonctionnaires en poste la nuit ont fait rĂ©gner la terreur pendant plus de deux ans. »

🔮 Dans les cellules du dĂ©pĂŽt plus d’un millier de personnes ont subi de la part de policiers, humiliations, insultes souvent racistes ou homophobes, privations de nourritures ou d’eau, refus de soins mĂ©dicaux
 Des dĂ©tenus ne parlant pas français auraient Ă©tĂ© dĂ©pouillĂ©s de leur argent et de leur matĂ©riel.

đŸ”ŽÂ« Au total, sur un peu plus de deux ans, plus de mille prĂ©venus ont Ă©tĂ© maltraitĂ©s. C’est mĂȘme sans doute plus », dĂ©nonce le brigadier-chef Benmohamed. Pour AriĂ© Alimi, avocat du lanceur d’alerte, « les faits dĂ©noncĂ©s, d’une gravitĂ© sans prĂ©cĂ©dent, rĂ©vĂ©lant un systĂšme dĂ©lictuel et d’impunitĂ©s Ă  l’égard de leurs auteurs, entachent d’indignitĂ© toute la justice pĂ©nale du TGI ainsi que les dĂ©cisions qui y sont rendues. »

🔮 Dans ce sous-sol, certains fonctionnaires sont en roue-libre et s’en prennent mĂȘme Ă  leurs collĂšgues, avec des cas de harcĂšlement sexuel et de racisme entre agents. MĂȘme l’IGPN s’en est inquiĂ©tĂ©. Sans qu’aucune sanction ne soit prise. « Les principaux mis en causes ont mĂȘme vu leur carriĂšre progresser »

🔮 Le genre de propos tenus par les policiers aux dĂ©tenus : « on en a marre des bougnoules, c’est eux qui nous font chier en France. ». « Ferme ta gueule, sale bougnoule », « nĂšgro », « sale race », insultes homophobes, ou les plus terribles encore : « Je te lancerais tout ça dans la Seine. » « Si on me laissait faire, je mettrais le feu Ă  toutes ces merguez. » Tous les dĂ©fĂ©rĂ©s sont appelĂ©s « bĂątards ». L’une des policiĂšres a mĂȘme utilisĂ© le microphone pour rĂ©veiller l’ensemble des personnes en cellules en hurlant : « Allez debout les bougnoules et les nĂ©gros, c’est fini de dormir, on se rĂ©veille. »

🔮 Le lanceur d’alerte explique l’ambiance particuliĂšre depuis 2015 : « Ils se sont engagĂ©s en rĂ©action aux attentats. Pour schĂ©matiser, certains sont lĂ  pour dĂ©fendre l’occident chrĂ©tien en pĂ©ril. Le niveau de racisme y est assez Ă©levĂ©. »- Les prĂ©venus sont souvent privĂ©s d’eau, de nourriture, des personnes convoquĂ©es placĂ©es en cellule gratuitement. Certains fonctionnaires auraient pris l’habitude de cracher dans les barquettes de repas ou de les jeter par terre « comme Ă  des chiens ». À certains retenus musulmans, ils font aussi croire que la nourriture contient du porc, afin qu’ils se privent eux-mĂȘmes de repas. Les agents ont aussi privĂ© les prĂ©venus de visite mĂ©dicale, ou coupĂ© la ventilation dans les cellules pour les transformĂ©s en cocotte minute Ă©touffante. De la torture.

🔮 Des jeunes policiers ont volĂ© Ă  plusieurs reprises le matĂ©riel des prĂ©venu, dĂ©pensant l’argent des fouilles ou rĂ©cupĂ©rant les tĂ©lĂ©phones et les ordinateurs, voire des quantitĂ©s importantes stupĂ©fiants. Sur de son impunitĂ©, un agent a dit : « T’inquiĂšte, j’ai l’habitude, c’est la parole d’un bĂątard contre la nĂŽtre et je ne prends que des mecs qui ne parlent pas un mot de français. »

🔮 Les avocats confirment les faits. « Sur les 20 robes noires contactĂ©es, dix confirment Ă  StreetPress avoir eu de tels retours. « Des comportements trĂšs rĂ©guliĂšrement relatĂ©s » pour maĂźtre Philippe-Henri Honegger. « Une permanence sur deux, j’ai des clients qui se plaignent de ne pas avoir eu Ă  manger ». Des documents internes corroborent aussi ces faits gravissimes.

🔮 Les agents dĂ©noncĂ©s, y compris pour avoir harcelĂ© leurs propres collĂšgues, n’ont jamais Ă©tĂ© sanctionnĂ©s. Cela fait plusieurs annĂ©es que cela dure, et certains ont mĂȘme Ă©tĂ© promus, sont montĂ©s en grade, et ont obtenu les affectations qu’ils demandaient.


L’enquĂȘte complĂšte et d’utilitĂ© publique ici : https://www.streetpress.com/sujet/1595760037-policier-revele-centaines-cas-maltraitance-racisme-dans-tgi-paris-police-justice-prefecture-violences


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Article publié le 02 AoĂ»t 2020 sur Nantes-revoltee.com