Juin 22, 2020
Par Nantes Révoltée
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Des milliers de personnes ont fĂȘtĂ© la musique malgrĂ© une fĂ©roce repression


« Qu’est-ce qui se serait passĂ© si on avait laissĂ© les gens danser ? Rien. Qu’est-ce qui s’est passĂ© avec une stratĂ©gie de la tension par la police ? Le chaos. » Une personne venue danser.

On se demande parfois par quel prodige la population nantaise parvient Ă  rester aussi calme et raisonnable. Depuis 3 jours, la ville est mise en Ă©tat de siĂšge, des fourgons bleus sillonnent les rues, des blocs de bĂ©ton ceinturent l’üle de Nantes, et le prĂ©fet interdit la fĂȘte de la musique. Tout ça pour quoi ? Parce que l’an dernier, un jeune homme est mort Ă  cause de la police, et que les autoritĂ©s font tout pour que personne n’en parle.

Ce 21 juin devait commĂ©morer la triste nuit, il y a un an, durant laquelle plusieurs personnes sont tombĂ©es dans la Loire. Des charges et des dizaines de munitions tirĂ©es sur des danseurs avaient prĂ©cipitĂ© les personnes prĂ©sentes directement vers le fleuve. Steve n’est jamais rentrĂ© chez lui.

La marche prĂ©vue l’aprĂšs-midi par les proches du dĂ©funt est massive. Une dĂ©ferlante qui avance Ă  pas lents, fortement escortĂ©e. Plus de 5000 personnes sont prĂ©sentes, presque en silence, sur une Ăźle dĂ©serte. Au moment de la dispersion, devant la fresque sur le quai Wilson, la police a dĂ©jĂ  bloquĂ© les ponts qui permettent de retourner vers le centre. PremiĂšre provocation d’une longue sĂ©rie. Le quai de la Fosse, oĂč un rassemblement festif Ă©tait annoncĂ©, est entiĂšrement inaccessible, bloquĂ© par des centaines de gendarmes. Grotesque et inquiĂ©tant. DĂ©jĂ , il y a des contrĂŽles et des arrestations. Le prĂ©fet est dĂ©cidĂ© Ă  faire la guerre Ă  la fĂȘte. La possibilitĂ© mĂȘme de se rĂ©unir est empĂȘchĂ©e.

Aux alentours de 20H, c’est sur les pelouses de Bouffay que les premiĂšres notes de musique sont jouĂ©es. Depuis deux balcons, une fanfare puis une sono mettent l’ambiance. Les terrasses se remplissent. Mais des centaines de forces de l’ordre viennent Ă©lectriser l’ambiance alors que tout se passe bien. PremiĂšre charge Place du Bouffay, sans raison. Pour faire peur. Des cagoules et les armes face aux passants et Ă  un couple qui danse la valse. Encore une fois, face aux provocations, le sens des responsabilitĂ©s de la population est hors du commun : des chants rĂ©sonnent, des confettis sont lancĂ©s. Personne ne veut laisser ces gens armĂ©s et dangereux gĂącher la fĂȘte. Des bars ferment Ă  cause de la police.

Une sono mobile apparaĂźt. Moment de liesse. Elle se met en route, entourĂ©e par plusieurs centaines de personnes qui bougent au rythme des chansons. DĂ©marrer un cortĂšge festif dans cette configuration relĂšve de l’exploit. Des gendarmes gazent des gens Ă  l’entrĂ©e du Cours des 50 Otages. Mais Ă  Gloriette, c’est un camion sono qui dĂ©boule sur un rond-point. La joie redouble, et la foule grossit. PremiĂšres salves de grenades lacrymogĂšnes sur des danseurs. Peu importe. C’est Ă  prĂ©sent une free party mobile qui se dĂ©place dans la ville !

Le long de la Loire, plusieurs milliers de personnes suivent le camion, talonnĂ©s par des policiers. La marche est rapide. L’ambiance est excellente, ponctuĂ©e de slogans, d’acclamations, et du rythme des enceintes. La rue est Ă  nous ! Quelques tags apparaissent, des feux d’artifice Ă©loignent des ombres malfaisantes. Sous un pont, l’écho des cris de joie se rĂ©pandent au loin. Il faut Ă  prĂ©sent retourner vers le centre-ville.

Habilement, cette « fĂȘte de rue en mobile » entre dans le quartier des Olivettes. Les forces de l’ordre sont extrĂȘmement nombreuses. La nuit est tombĂ©e. Dans ces ruelles, la foule est compacte. Des salves de lacrymogĂšne s’abattent sans s’arrĂȘter sur les fĂȘtards qui asphyxient en rangs serrĂ©s. La police veut isoler le camion pour le kidnapper. Le cortĂšge se reforme, le camion est toujours lĂ , et la musique aussi ! Nouveau dĂ©part. La police charge devant le CHU. Elle est devant, derriĂšre, dĂ©sorganisĂ©e par la situation mais dangereuse. Le camion sono s’échappe, poursuivi par de nombreux vĂ©hicules de police. Un feu d’artifice crĂ©pite dans la nuit.

Une partie des fĂȘtards retourne Ă  Bouffay. Quelques flammes, des grenades. Le reste de la foule est parti en courant vers le quai de la Fosse. On entend des dĂ©tonations Ă  chantiers Navals. Le camion a Ă©tĂ© rattrapĂ© et ses occupants embarquĂ©s. Il flotte une odeur de conflit. Un bouclier et une matraque de la gendarmerie circulent dans la foule, avant de finir dans un feu.

Du gaz partout, encore. Sur le pont Anne de Bretagne, des plots sont mis en travers de la route. Tirs de lacrymogĂšnes au dessus de la Loire en pleine nuit. Triste rappel. Les gendarmes avancent sur le pont. Des feux sont allumĂ©s sur l’üle de Nantes. Un homme reçoit un tir de LBD dans le dos. La fumĂ©e flotte au dessus de l’eau. Chasse Ă  l’homme dans les rues. Sans cette rĂ©pression aussi ignoble qu’inutile, la fĂȘte aurait durĂ© des heures, rĂ©uni des dizaines de milliers de personnes dans la bonne humeur, et le cortĂšge aurait apportĂ© la musique dans tout le centre-ville. La prĂ©sence de la police n’a servi qu’à terroriser. A mettre sous tension.

Le prĂ©fet a perdu. Ses centaines de flics n’ont pas rĂ©ussi Ă  empĂȘcher la fĂȘte. Cette free party mobile incroyable est la plus belle rĂ©sistance qui pouvait ĂȘtre opposĂ©e Ă  l’arbitraire. Le meilleur hommage qui pouvait ĂȘtre rendu aux victimes de la rĂ©pression du 21 juin dernier.


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Source: Nantes-revoltee.com