Des balcons aux manifestations. Lacrymos et canons à eau devant la préfecture


Depuis la fin du confinement, la date du 16 juin Ă©tait annoncĂ©e comme le moment dĂ©cisif de solidaritĂ© avec le personnel soignant, et le retour des grandes mobilisations sociales, interrompues pour l’état d’urgence sanitaire. Pari rĂ©ussi, puisque plus de 10 000 personnes sont descendues dans la rue Ă  Nantes, et plusieurs centaines de milliers dans le pays.

Cette journĂ©e devait aussi ĂȘtre un test, aprĂšs les grands discours du gouvernement, les promesses, et la gestion dĂ©sastreuse de la pandĂ©mie par un pouvoir qui avait saccagĂ© le systĂšme de santĂ© publique. Les soignants durement Ă©prouvĂ©s par le COVID-19, comme le reste de la population, attendaient des rĂ©ponses. Ce sont les grenades lacrymogĂšnes qui ont parlĂ©.

Devant le CHU, c’est sous une averse torrentielle que la manifestation dĂ©marre ce mardi, en dĂ©but d’aprĂšs-midi. Une foule dense mais calme dĂ©filĂ© quasiment sans slogans, en empruntant l’habituel parcours triangulaire imposĂ© par les autoritĂ©s. Dans la foule, beaucoup de soignants et soignantes, et encore plus de personnes venues en soutien.

Un feu d’artifice crĂ©pite, un cortĂšge anticapitaliste se constitue. Quelques tags fleurissent, la musique des camions syndicaux se superpose aux slogans plus dynamiques. Sur le Cours Saint Pierre puis Ă  la prĂ©fecture, quelques Ă©changes d’amabilitĂ©s ont lieu entre les CRS et l’avant de la manifestation. Pour quelques fumigĂšnes, les forces de l’ordre ne font pas dans la demie mesure, et tirent de grandes quantitĂ©s de grenades lacrymogĂšnes particuliĂšrement urticant. Devant la prĂ©fecture, le cortĂšge est Ă  l’arrĂȘt. A l’avant, des manifestants tentent d’entrer dans les jardins du prĂ©fet par un trou dans la muraille. A l’arriĂšre, certains huent, d’autres applaudissent, beaucoup subissent les gaz. Lorsque le gros cortĂšge de soignants s’avance, il est directement ciblĂ©, sans raison, par plusieurs grenades. Certaines arrivent directement sur des infirmiĂšres. Les CRS s’amusent avec pas moins de 3 jets d’eau. Des soignants peu habituĂ©s des manifestations sont en colĂšre. Une dame aux cheveux blancs leur explique qu’elle a Ă©tĂ© blessĂ©e par la police lors des prĂ©cĂ©dentes manifestations, et qu’il est normal que la colĂšre s’exprime.

Le cortĂšge parvient Ă  se reconstituer Cours des 50 Otages. Quelques fumigĂšnes crĂ©pitent encore. ArrivĂ© au miroir d’eau, un dispositif de gendarmes, jusqu’ici plutĂŽt discrets, encercle la manifestation. Les volontĂ©s de partir pour un deuxiĂšme tour sont Ă©touffĂ©es par cette prĂ©sence intimidante, et par une nouvelle averse qui s’abat de façon trĂšs drue. Une personne sera interpellĂ©e lors de contrĂŽles.

Sur le chemin du retour, plusieurs soignantes discutent : « c’était bien. S’il ne nous entendent pas lĂ  haut, on recommence bientĂŽt. »


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Article publié le 17 Juin 2020 sur Nantes-revoltee.com