« En opération, l’armée est un mécanisme basé sur le meurtre, la coercition massive et la terreur. Mais il existe une autre guerre en temps de paix, celle que mènent le patronat et l’Etat, la guerre sociale. 

Nous disons que nous sommes en guerre sociale non pas parce que nous le voulons, mais parce que les faits l’attestent. Notre vie quotidienne est déterminée par cette guerre, une guerre qui n’est pas entre les États comme on a voulu nous le faire croire. La guerre sociale est entre les opprimés qui n’ont rien d’autre pour subsister que de travailler pour un salaire, ce qui ne nous suffit pas toujours pour vivre dignement, endettant nos vies pour survivre et faire tourner la roue du hamster ; et d’autre part, ceux qui sont responsables de l’organisation de nos vies (la bourgeoisie, le patronat, le capitaliste, qui nous disent à quelle heure et combien de temps nous devons travailler pour manger). Pour que nous devenions dociles et productifs.

Maintenant, en un rien de temps, comme à de nombreuses autres reprises, la bourgeoisie a de nouveau remis la chaîne aux policiers et militaires lors du mouvement des gilets jaunes puis lors de l’actuel conflit sur les retraites. Chaque militaire est, par essence, un ennemi de la classe opprimée, car en se mettant au service d’intérêts «nationaux», «patriotiques», «républicains», «démocratiques», il ne fait que défendre les intérêts de la classe dirigeante , des grandes entreprises… Il  contribue à préserver le statu quo afin que les relations sociales que nous entretenons entre nous restent teintées de manières capitalistes et patriarcales. C’est pourquoi interrompre la normalité (démocratique, d’en haut) en la transformant chaque jour en communauté (d’en bas) basée sur le soutien mutuel, la solidarité, le féminisme et l’action directe, est une arme qui pourrait  faire échouer la bourgeoisie.

Que se passerait-il si personne ne se rendait au travail ? Les riches deviendraient-ils encore plus  riches ? Que se passerait-il si la production était commandée par l’utilité sociale et les besoins du peuple ? Que se passerait-il si nous décidions massivement d’arrêter de produire pour l’employeur ? Et arrêter de voter pour ces dirigeants ? Que se passerait-il si nous désobéissions aux pontes  syndicaux qui sauvent régulièrement la bourgeoisie, si les travailleurs s’organisaient en assemblées sur leurs lieurs lieux de travail ? Que se passerait-il ?

Nous sommes ceux d’en dessous qui actionnent les machines. Nous sommes ceux qui construisons des routes, des maisons, des usines, des bâtiments et des écoles… C’est nous qui concevons, accouchons, élevons et éduquons nos enfants. Nous sommes ceux qui soignons les malades, c’est nous qui travaillons la terre et payons les impôts, nous sommes ceux qui produisons les biens, et même nous qui les achetons et les consommons. Que font les patrons de plus que nous exploiter et nous dire comment vivre ? Que font-ils de plus que de s’enrichir au prix de notre misère ? Pensent-ils qu’ils sont stressés par qui gagne les élections ? Le pouvoir est exercé. Tous les exploités obéissent. La propriété est un vol, nous insistons. Quels exercices de résistance pratiquons-nous ? Sommes-nous capables de déterminer la matérialité de la vie, du vital, sans maîtres, ni patrons, ni dieux qui nous disent comment vivre ?

Le cirque électoral est élevé à son avantage, tordant la politique vers un simple jeu maudit qui reproduit toujours son hégémonie. Tant que ceux ci-dessus auront les ressources, et cela semble légitime pour eux, nous n’aurons jamais la liberté d’action ou l’autonomie. Le binôme nous capture. La séparation entre économie / politique, entre Capital / État, entre public / privé, entre personnel / politique, ne sont que des abstractions de la mentalité névrotique. C’est pourquoi ils promeuvent la démocratie capitaliste aux quatre vents et financent les campagnes politiques à coup de millions pour nos futurs bourreaux.

L’Etat finance les campagnes électorales. Cela, évidemment, sans compter l’argent des contributeurs économiques qui bénéficient de la victoire de tel ou tel politicien. Beaucoup d’argent dont la provenance est peu claire va aux campagnes de ceux qui nous gouvernent. Une autre source, évidemment, est nos impôts, que nous payons avec tant de sueur et parfois de souffrances au travail. Que se passerait-il si cet argent était destiné à résoudre nos problèmes ? Combien de salaires sont gelés ou de personnes qui meurent de faim ou de froid, combien d’écoles et d’hôpitaux se désagrègent…, et l’État alloue des sommes conséquentes aux campagnes électorales ?

L’intérêt n’est pas de résoudre la misère des gens pour l’Etat. Pour nous autres humanistes libertaires, oui. Pourrait-on imaginer un monde dans lequel les entreprises, les terres, les outils, la responsabilité des soins quotidiens, les fruits du travail et la prise de décision soient socialisés ? Pensons-nous que les élus cherchent des solutions ? La politique politicienne doit être comprise comme l’art de la domination et de la perpétuation du système d’exploitation.

On peut penser aussi que le concept de Dieu s’est transformé au cours du temps, tout comme le concept d’État a subi plus d’une mutation ; mais l’essence intime de toute religion est restée intacte, le noyau essentiel de toute politique n’a pas non plus subi de modifications. C’est toujours le principe du Pouvoir que les représentants de l’autorité céleste et terrestre ont affirmé devant lui, et c’est toujours le sentiment religieux de dépendance qui oblige les masses à l’obéissance. L’Etat est la providence terrestre qui « veille sur les humains et dirige leurs pas »  pour qu’ils ne s’éloignent pas du droit chemin. C’est pourquoi le représentant de la souveraineté de l’État est le prêtre suprême du pouvoir, qui trouve son expression dans la politique, comme la vénération divine dans la religion (Nationalisme et culture, Rudolf Rocker).

Que se passe-t-il lorsque nous parvenons à rejeter la religion d’État, la politique ? Quand nous n’obéissons pas, quand nous nous organisons seuls et non comme ils nous le disent ? Que se passe-t-il lorsque nous éteignons la télévision, les téléphones portables et que nous nous regardons face à face ? L’État, sans aucun voile, montre son vrai visage et utilise la violence pour accomplir ses tâches. Cette action étatique qui monopolise le mépris de la vie à travers la police et l’armée, avec ses différences territoriales mais en conservant son essence violente et structurelle, nous en sommes témoins notamment dans différentes parties du globe: Bolivie, Équateur, Colombie, Chili, Haïti, Hong- Kong, Kurdistan, Catalogne, France, Irak, Syrie, Libye, Turquie, Mali…

Les libertaires ne sont pas disposés à détourner le regard. Nous disons que nous sommes en guerre sociale parce que c’est vrai, parce qu’il est impossible de nier qu’avec la précarité, la misère, la ghettoïsation des quartiers, le travail aliénant qui draine l’énergie vitale à créer, l’endoctrinement constant des jeunes et des médias, une communication massive, avec les actions des politiciens, avec la contamination de la nature qui nous tue un peu plus chaque jour, un compte-gouttes de l’anéantissement de l’humain disent certains compagnons, nos vies valent moins que leurs profits.

Dans le même sens, la loi de programmation militaire, le SNU… renforcent les forces armées. L’argument est de se «défendre contre les agressions extérieures», « contre le terrorisme », des ennemis venus à point nommé pour remplacer les anciens ennemis de la guerre froide.

Mais où est la jeunesse rebelle de notre pays ? Faut-il n’avoir plus rien à perdre pour bouger ?  On a vendu à nos pères et mères un monde de progrès, de bonheur, de rêves américains et de maisons abordables. La crise des gilets jaunes est venue contredire ces beaux discours. Faillite d’un système qui ne représente que les intérêts des riches. Les autres ont du mal à boucler leurs fins de mois.

Le temps d’une vie est finalement court. Essayons de créer des réseaux de solidarité, autonomes de l’Etat et de ses courroies de transmission dont les partis et la bureaucratie syndicale. Des réseaux d’entraide qui commencent à couvrir nos besoins de manière non commerciale, mais en commun. Échanges de services et de produits qui pointent au bénéfice des parties prenantes  et font avorter les bénéfices de certains par rapport à d’autres. Education, santé, alimentation, soins, transports, il faut tout s’approprier. Des assemblées territoriales qui discutent et décident des problèmes des quartiers, des syndicats de base indépendants de l’Etat et des partis, fédérés par l’action directe, l’horizontalité et la solidarité de ceux d’en bas. Les formes d’organisation que nous pouvons créer sont infinies.

C’est dans la tempête des conflits sociaux que les rêves se forgent. Le régime autoritaire de Macron ouvre la porte au néo-fascisme. Revenons à la rage prolétarienne qui a laissé des traces dans l’histoire et construisons des relations sociales, solidaires et aimantes qui nous permettent de dépasser la logique de l’État. A défaut, plus rude sera la chute.

Si personne n’obéit, personne ne commande. »
 

Patoche (GLJD)


Article publié le 09 Fév 2020 sur Socialisme-libertaire.fr