★ L’anarchisme n’est ni une mode ni une posture

 L’anarchisme n’est ni une mode ni une posture.  
 

« L’anarchisme, pour être compris, a besoin que s’ouvrent les intelligences. Il ne peut, de ce fait, susciter d’adhésion spontanée et irréfléchie. Il ne résulte pas d’un engouement passager. Il n’a pas le caractère éphémère d’une mode. Ce n’est pas une vogue, une chose au goût du jour, « dans le vent »… Il n’est donc pas étonnant que, chez la plupart des gens, le terme « anarchie » véhicule l’idée de quelque chose de dépassé, de démodé, voire de désordre. Non, décidément, l’anarchisme ne peut être un « must » médiatique et connaître le succès de certaines émissions télévisées. 

Les idées anarchistes, et par conséquent le projet d’édification d’une société libertaire, ne passionnent pas les masses, pas plus qu’elles ne séduisent tous ceux et toutes celles qui s’affairent en quantité de comités, de clans, de coteries… Pourquoi cela ? La raison est évidente : l’anarchisme ne flatte aucune vanité.

Dans nos milieux, pas d’uniforme pour souligner la prestance d’un chef, pas de décorations pour distinguer le « mérite » d’un individu, pas de hiérarchie pour évaluer l’importance sociale ou intellectuelle. Chez nous, « un mérite éclatant se déterre lui-même » et nos compagnons les plus éminents n’ont jamais éprouvé le besoin de se barrer la poitrine de médailles, de rubans ou d’écharpes pour se distinguer à l’admiration de leurs semblables.

On comprend qu’un système social ne permettant l’émergence d’aucun chef suprême, d’aucun gourou ou homme providentiel ne puisse convenir à tous ceux qu’éperonne l’ambition d’arriver, de paraître, de dominer, pas plus qu’à ceux qui n’aspirent qu’à être gouvernés, guidés, rassurés, domestiqués.

Il faut donc bien en convenir : l’anarchisme nécessite des connaissances, une morale et la volonté qu’une civilisation libertaire voie le jour. Dans la civilisation du prêt-à-porter collectif, les libertaires préconisent du « sur mesure » pour l’individu. Leur, à eux, est de façonner un costard social « sans patron », évidemment à la taille de l’homme. Histoire de ne plus être gêné aux entournures.

Dans les relations entre Etats, on ne remarque guère que la violence, la menace, la ruse, le chantage, le poids de la force et de la puissance. L’actualité nous le démontre tous les jours. Depuis longtemps, les anarchistes ont dénoncé la nocivité des Etats. En ce début de XXIème siècle, le patronat, les faiseurs d’opinion et les politiciens ont déclaré périmées toutes les idéologies. Bon nombre de nos concitoyens préfèrent se référer alors à des horoscopes, des grimoires, des médiums… bref, se confier à tout ce que l’irrationnel, officiel ou marchand, fait prospérer de charlatans.

Le socialisme libertaire, celui qui permettrait une réelle alternative, nécessite de s’affranchir des manipulations et de convaincre non par des artifices mais par des arguments.

Quand une idée dérange, il suffit aux financiers de tous poils de la caricaturer, la moquer, d’extrapoler et sortir de son contexte certains arguments en sa faveur, lui organiser des procès en sorcellerie… calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. C’est ce à quoi l’anarchisme a droit parce qu’il préfère la vie à l’argent-roi. Les tenants d’un capitalisme dur ne profitant qu’à une minorité combat l’anarchisme tout comme il combat les partisans de la révolution écologique, ces derniers remettant de même le système en cause, celui du profit, le rapport aux vivants, la prédation. Les anarchistes ont toujours été du côté des pauvres, l’existence de ces derniers nous importe parce que nous ne roulons pas sur l’or et la solidarité n’est pas un vain mot chez nous, d’autant que contrairement aux religieux il implique pour nous une réciprocité, notion toute différente de la charité.

L’anarchisme aime la vie, la fête. On nous reproche souvent de voir les choses en noir mais c’est la réalité qui est noire et notre perception réaliste, d’ailleurs nous croyons en un avenir meilleur à condition que les citoyens du monde prennent conscience de l’exploitation qui est la nôtre et refusent la dégradation de la nature qui nous mène droit dans le mur à terme. Les anarchistes constatent et exposent les faits basés sur la science et la sociologie. Nous sommes depuis plus d’un siècle dans un combat éthique où la morale anarchiste met l’humain au centre de nos préoccupations. De grands intellectuels comme Élisée Reclus ont écrit sur l’Homme et la Terre, il y a plus de cent ans. Poésie, esthétique, philosophie aidaient à la compréhension de la science, de la géographie, de l’histoire, de l’anthropologie… toutes ces disciplines pour nous faire aimer la beauté du réel et de la vie.

L’enjeu d’aujourd’hui est de défendre la biodiversité et la vie sur terre tout en évitant les politiciens tentés par l’instauration de dictatures pour sauvegarder leur pouvoir et leurs intérêts financiers au détriment de la grande majorité des gens. Notre morale, notre humanisme libertaire est opposé à leurs actions mortifères et à leur volonté de ne rien partager sauf s’ils y sont contraints. Les financiers et les politiciens à leur dévotion bénéficient d’un rapport de force en leur faveur mais nous avons le nombre et le bon sens. Le combat pour l’entraide, contre les injustices sociales, pour l’égalité économique et sociale, contre la destruction de la planète, pour la liberté et contre les fascismes en tout genre, est déjà engagé depuis des décennies. La route sera longue mais c’est en marchant qu’on trace le chemin. »

Patoche (GLJD)


Article publié le 15 Juil 2019 sur Socialisme-libertaire.fr