Juin 25, 2022
Par Socialisme Libertaire
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J’étais posté sous les arcades de la place Esedra. Il passait dans la rue, à quelques mètres de moi. J’étais sur le point de lancer la bombe, je calculais la distance, froidement, mais au dernier moment, une évidence me retint. Il était entouré de milliers de personnes, et la bombe avait une portée de 200 mètres ; cela allait être un massacre ; des centaines d’innocents allaient payer pour quelque chose dont ils n’étaient pas fautifs. C’est lui que je devais tuer, lui seul. Et je ne lançai pas la bombe.

« Le camarade Angelo Pellegrino Sbardellotto a été fusillé, il y a exactement 90 ans aujourd’hui, à l’aube du 17 juin 1932, à 5h45, à l’intérieur du Fort Bravetta, accusé d’avoir envisagé d’attenter à la vie de Benito Mussolini. Le jugement fut rendu par le Tribunal spécial pour la défense de l’État, après un procès d’à peine deux heures, mené par le juge sanguinaire Guido Cristini. Lors de la messe célébrée le lendemain de la fusillade, le prêtre déclara que l’âme du camarade Angelo finirait certainement en enfer parce que celui-ci avait “osé attenter à la vie de l’homme de la Providence“.

’État italien, ni ses institutions, ne commémorent jamais la bravoure de Sbardellotto, car cette affaire est urvenue à un moment de l’histoire où les méthodes de répression fasciste étaient valorisées par les nstitutions du monde entier. En effet, dès 1931, divers contacts entre l’Union soviétique et l’Italie fasciste se développèrent et amenèrent de nombreux italiens à travailler en URSS pour la réalisation des plans quinquennaux, aboutissant notamment à la signature du pacte italo-soviétique d’amitié et de non-agression du 2 septembre 1933. D’autre part, tous les mass media américains sympathisaient ouvertement avec le fascisme et son dictateur : le cinéma et l’ensemble du circuit médiatique américain édifièrent un véritable mythe de Mussolini, présenté comme le nouvel empereur romain. Moins d’une année après l’exécution de Sbardellotto, en 1933 toujours, la Columbia Pictures (qui est aujourd’hui encore l’une des plus grandes sociétés de production pour le grand écran) produisit un film documentaire sur le Duce et sur l’Italie fasciste, qui fut un tel succès au box-office, qu’il gravit l’Olympe des film-cultes : ce long métrage de 74 minutes était intitulé “Mussolini speaks“. 

Le camarade Sbardellotto, comme tous les martyrs antifascistes, a sacrifié sa jeune vie pour revendiquer les droits de liberté et de justice sociale. Les actes héroïques individuels, comme le sien, ont une valeur intrinsèque et marquent, comme dans ce cas, le déclenchement de profondes transformations sociales ; son geste héroïque ne pouvait être plus sublime : à aucun moment Angelo Sbardellotto ne renia ses intentions, il refusa les sacrements d’une Église complice de la dictature sanguinaire, il se dressa souriant et méprisant devant le peloton d’exécution et défia l’infamie du fascisme, la tête haute jusqu’au dernier instant de sa courte vie. Le camarade Angelo est un exemple pour nous tous et toutes et nous ne pouvions manquer de le rappeler aujourd’hui à notre souvenir. Sa détermination et son combat pour l’anarchie et la liberté résonneront à jamais dans nos luttes et dans nos cœurs. 

Angelo vit et lutte avec nous. Vive l’anarchie ! »
 

Groupe Mikhaïl BakounineFAI Rome & Lazio – 17 juin 2022

SOURCE :  Le Monde Libertaire 




Source: Socialisme-libertaire.fr