Juillet 19, 2021
Par Socialisme Libertaire
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★ Sélection de l’Encyclopédie anarchiste : 
 

BOURGEOISIE n. f. (de bourg) : 

« Classe sociale privilégiée qui a pris la suite de la noblesse, sa concurrente, dans l’exploitation et l’oppression du peuple. Jadis comme aujourd’hui, le qualificatif de bourgeois désignait non pas tous les habitants d’une ville (bourg), mais ceux d’entre eux, seulement, qui pouvaient prendre part à l’administration de la cité. La bourgeoisie était l’ensemble des bourgeois. Son origine parait avoir été dans le groupement de marchands qui se formèrent en sociétés au moyen-âge et dominèrent ou gouvernèrent de nombreuses villes. On appelait, au moyen-âge, villes de bourgeoisie celles qui, sans avoir de droits souverains, étaient parvenues à limiter d’une manière précise les droits seigneuriaux. Enfin, le droit de bourgeoisie royale conférait à son titulaire le privilège de ne relever judiciairement que du roi seul et de ses officiers, quelle que fût la situation de la, ville ou il résidât. ― La bourgeoisie, longtemps courbée sous le joug de l’aristocratie seigneuriale, n’arriva à s’en libérer qu’avec l’aide du peuple qui lui prêta sans compter le secours de ses enfants. La bourgeoisie, hypocrite et mielleuse, fit miroiter aux yeux des travailleurs la fin de leur servitude ; elle leur dénonça les iniquités dont ils étaient les victimes et parvint à éveiller leur indignation. Par la suite, tandis que le peuple, confiant et sans arrière-pensée, donnait son sang pour des révolutions, elle profita du moment pour asseoir et affermir son pouvoir qui ne tarda pas à être aussi despotique que le pouvoir de la noblesse. De toutes les belles promesses faites à la classe laborieuse, aucune ne fut tenue. Le peuple, une fois encore, avait été dupé par de criminels aigrefins et s’était-donné de nouveaux maîtres. Maintenant, la bourgeoisie règne avec insolence sur le monde entier, alors que les travailleurs restent courbés sur leur tâche ingrate. Propriétaire de tous les biens des nations, la classe bourgeoise peut exploiter à son gré et imposer sa loi arrogante. Sans scrupules et sans pitié, elle n’hésite pas à écraser les hommes libres qui se refusent à subir son arbitraire. N’ayant pour idéal que l’argent, elle ne craint pas de déchaîner des guerres, de susciter des catastrophes si ces guerres et ces catastrophes peuvent être utiles à sa soif de spéculation jouisseuse, elle se plaît à satisfaire ses vices multiples et entretient et développe les chancres sociaux : ignorance, alcoolisme, prostitution, jeu, etc… Ivre de sa puissance, elle est arrivée à un degré d’abjection que n’avait pas connu la noblesse elle-même. Toutefois, le peuple, depuis un demi-siècle surtout, a pu voir suffisamment clair pour ne plus supporter longtemps la tragique mascarade que son aveuglement a tolérée jusqu’à ce jour. Les esprits s’indignent ou s’émeuvent. Et lorsque la colère populaire éclatera, la bourgeoisie sera balayée comme fut balayée la noblesse. Mais, cette fois, le peuple, instruit par de cruelles expériences, ne se laissera plus voler le fruit de son sacrifice. Ayant fait la révolution lui-même, c’est lui même, et sans le secours intéressé d’aucun politicien, qui bâtira un monde entièrement nouveau. S’il veut conquérir ― enfin ― la liberté positive à laquelle il aspire, il sera indispensable qu’il brise l’État, source fatale de domination et qu’il rende ainsi impossible la restauration d’un pouvoir gouvernemental quelconque. S’il a le malheur de laisser une dictature ― quelle qu’elle soit ― succéder à la dictature bourgeoise, il perdra immanquablement le fruit de la Révolution qu’il aura faite et payée de son sang.

Georges VIDAL
 

BOURGEOISIE : 

Qualité de bourgeois ; privilège, droit des bourgeois, classe possédante ; qui fait travailler ; qui possède. On nommait autrefois : bourgeoisie, le territoire même dont les habitants, sous le titre de bourgeois, possédaient des privilèges en commun ; et la redevance annuelle dont les bourgeois étaient chargés pour le prix de ces privilèges.

Bourgeoisie désignait la classe des habitants des villes, des bourgs, par opposition à la classe des habitants de la campagne ; puis la classe des roturiers par opposition à la classe des nobles.

Droit accordé aux habitants d’un lieu, ou à ceux qui leur étaient associés, de jouir, à certaines conditions, de privilèges communs. La bourgeoisie ne pouvait être accordée qu’à des personnes libres. Si on voulait l’accorder à des serfs, on les affranchissait auparavant. L’homme affranchi n’en restait pas moins soumis à la juridiction féodale. Plus tard, la politique royale dispensa de cette condition : on put devenir bourgeois du roi sans relever du seigneur sur les terres duquel on habitait. Ces bourgeois du roi, à plusieurs reprises, apportèrent une aide puissante au roi, contre les seigneurs ; aussi, en 1302, sous Philippe Le Bel, les députés des villes vinrent siéger à côté de la noblesse et du clergé. La bourgeoisie prit une telle importance, tant par ses organisations que sa fortune que, lors des guerres avec l’Angleterre, ce sont des bourgeois qui servirent d’otages, et non point les nobles ou le clergé. La différence était grande pourtant, entre les bourgeois et les nobles ; ceux-ci ne payaient pas d’impôts ; aussi, lorsque, aux États Généraux de Tours, en 1484, les bourgeois demandèrent l’impôt pour tous, un député de la noblesse put leur répondre : « Personne n’ignore qu’elle est la division des États et des membres de la nation. Par cette division, il est donné au clergé de prier pour les autres, de conseiller, de prêcher ; à la noblesse de les protéger par les armes et aux tiers-État de nourrir et d’entretenir les nobles et les gens d’église, au moyen des impôts et de l’agriculture. » L’importance de la bourgeoisie alla crescendo jusqu’au XVIIIe siècle, jusqu’au jour où elle se sentit assez forte pour prendre le pouvoir.

Voici comment Agathon de Potter explique, d’après Collins, l’évolution de la bourgeoisie.

« L’aliénation du sol à une ou plusieurs familles commence aussitôt après la fin de l’état nomade. Ce sol se trouve toujours transmis héréditairement. Les familles qui se sont ainsi emparées du sol à l’exclusion des autres, n’ont pu le faire que par ce qu’elles avaient d’une manière quelconque, l’intelligence plus-développée. Il est facile de voir que, dès ce moment, ces familles peuvent :
1° Monopoliser les développements de l’intelligence, à l’aide de leurs propriétés ;
2° acquérir le pouvoir et la propriété, au moyen des développements de leur intelligence.
Au début de la forme sociale actuelle, ― il s’agit de la forme relative à l’appropriation individuelle du sol, ― le monopole des développements de l’intelligence et celui de la propriété se trouvent donc réunis dans la même classe, qui devient ensuite caste par le fait de la transmission héréditaire de ces mêmes monopoles. Cette caste se compose ainsi de despotes complets, de despotes tant sous le rapport de l’intelligence que sous celui de la propriété de nobles enfin ; et la féodalité, c’est la forme sociale dans laquelle il y a une caste semblable, exclusivement relative à la propriété du sol. Dans toute société féodale, il y a donc une caste monopolisant au profit des siens le pouvoir et la propriété, composée de nobles ; et une caste constituée par les esclaves ou le peuple. Mais il en naît bientôt une troisième, formée par ceux qui possèdent de la propriété, indépendamment du pouvoir. Les nobles, par devoir, dédaignent tout travail manuel. « Qu’aucun citoyen, dit Platon, ni même le serviteur d’aucun citoyen, n’exerce de profession mécanique. Le citoyen a une occupation qui exige de lui beaucoup d’étude et d’exercice : c’est de travailler à mettre, et à conserver le bon ordre dans l’État. » Or, il y a du travail manuel, mécanique, dans l’exploitation de la caste du peuple. Les nobles sont donc obligés de confier ce travail à des esclaves, auxquels ils transmettent un certain degré de pouvoir. Ils choisissent naturellement pour cet emploi ceux dont l’intelligence est le mieux développée ; ils développent même parfois expressément l’intelligence de quelques-uns d’entre eux, afin de pouvoir s’en faire mieux aider dans l’exploitation des masses. Ces esclaves, auxquels est ainsi déléguée une certaine autorité, deviennent dès lors des affranchis. Les affranchis, par le travail et l’industrie que la caste privilégiée leur abandonne comme ignobles, amassent, nécessairement, presque toute la richesse mobilière productive ; d’autant plus que la propriété territoriale leur est interdite autant que possible. Par la seule force de cet état de choses, les affranchis deviennent de plus en plus nombreux. Lorsque leur nombre les a rendus redoutables pour les nobles, contre lesquels ils pourraient soulever le peuple à l’aide de l’action plus directe et plus immédiate qu’ils exercent sur lui, il faut que la caste des nobles, pour engager les affranchis à continuer à leur profit commun, le système d’oppression établi, les admette au partage des bénéfices du despotisme. C’est alors que les affranchis privilégiés prennent le nom de bourgeois et deviennent caste politique. La propriété bourgeoise se transmet, non par droit de primogéniture, mais par simple hérédité, avec faculté d’aliéner. Or, par suite de ces deux conditions, il arrive nécessairement qu’une partie des affranchis se trouve privée de propriété. Et ainsi il s’établit, parmi eux, deux divisions plus ou moins tranchées : l’une de propriétaires, l’autre de prolétaires. Mais les bourgeois ne se contentent bientôt plus de partager les bénéfices de l’exploitation avec la classe supérieure ; ils veulent tout avoir. Pour atteindre ce but, ils soulèvent, au moyen de sophismes, la masse des exploités contre les nobles et le clergé, et parviennent ainsi à les renverser. Il suffit, pour ôter toute influence sociale à la noblesse, de lui enlever le privilège de la propriété foncière, et d’abolir l’hérédité par primogéniture quand elle existe. Les bourgeois, autrefois classe moyenne, tout à la fois exploitante et exploitée, sont devenus classe supérieure ou exploitante. Autrefois il y avait trois classes, il n’y en a dès lors plus que deux. Le gouvernement nobiliaire a fait place au gouvernement bourgeois.
» (Colins, Science sociale, Tome II, pages 249 et suiv.).

Parvenue à ses fins en 1789, la bourgeoisie ne fut réellement maîtresse de ses destinées qu’en 1830, après les « trois glorieuses ».

Pendant quelques années, premiers dans les écoles, novateurs dans les sciences, les bourgeois, intelligents, firent faire un grand pas au progrès ; mais le pouvoir les grisa, les affola ; le second empire ouvrit l’ère de la décadence. Les théories bourgeoises portent en elles mêmes leur destruction et l’heure de la classe prolétarienne va sonner. Le bourgeois est aujourd’hui : un être borné, sans idéal, infect à force de bassesse. C’est de lui que, pour le bien définir, Th. Gautier a dit : « J’appelle bourgeois celui qui pense bassement ». »

A. LAPEYRE

L’Encyclopédie anarchiste est une encyclopédie initiée par Sébastien Faure, entre 1925 et 1934, publiée en quatre volumes.




Source: Socialisme-libertaire.fr