Décembre 8, 2016
Par Socialisme Libertaire
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François Noël (Gracchus) Babeuf est né le 23 novembre 1760, en Picardie. Aîné de treize enfants, le jeune François, qui aime l’écriture, entre à 19 ans au service d’un notaire. Babeuf devient ensuite feudiste, c’est-à-dire juriste plus ou moins arpenteur. Travailleur infatigable, il est cependant victime de la spontanéité propre à l’autodidacte qui veut avaler le monde : ses affaires périclitent en 1787, des commandes restant impayées le font, peu à peu, glisser vers la misère.

Survient l’événement qui changea sa vie, la Grande Révolution (selon l’expression de Kropotkine). Il arrive à Paris le 17 juillet 1789, voit les foules en liesse, voit aussi la tête de Foulon, contrôleur des finances, se balancer sur une pique. Il tire de ces premières journées un sentiment partagé entre joie et douleur : « Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. » Bien que partisan de la Montagne, il critique fortement la Terreur : c’est un visionnaire sur l’action funeste qu’elle exerça en Vendée, en 1793. Son libelle De la dépopulation, resté longtemps oublié, dénonce les inutiles massacres (voir Michel Perraudeau, Vendée 93, Vendée plébéienne, éditions libertaires). En 1794, Babeuf publie Le Tribun du peuple, devenant un opposant qui n’a de cesse qu’advienne la collectivisation des terres et la « parfaite égalité ». Il entre en clandestinité, avec Sylvain Maréchal et quelques autres, dans le but de poursuivre la Révolution. En mai 1796, il est arrêté sur dénonciation. Son procès est une mascarade. Il meurt guillotiné en 1797.

Les leçons de Babeuf sont nombreuses. Pour lui, la révolution n’a pas besoin de violence. Il appelle de ses vœux une « insurrection pacifique », précédant les positions de Bellegarrigue, durant les journées de 1848, en France, ou de Thoreau puis Voltairine de Cleyre, aux États-Unis.

Pour Babeuf, chacun doit déployer son énergie à bâtir des solidarités. Il cite une caisse nationale pour la subsistance des pauvres, « un plan d’éducation nationale » au profit de tous, etc.

Il s’oppose à la censure frappant dès l’automne 1789 la liberté de la presse. Selon Gracchus, un gouvernement qui interdit une publication glisse sur la pente autoritaire.

Il demande en permanence des comptes aux élus, aux puissants, aux élites. Son souci d’égalitarisme ne peut concevoir une classe dirigeante… et donc une classe dirigée.

Bien que récupérées sans vergogne par Marx et certains marxistes, les causes défendues par Babeuf relèvent de l’anti-autoritarisme des libertaires. Gracchus est précurseur de l’anarchie.

Les Éditions libertaires, dont le catalogue est aujourd’hui l’un des plus foisonnants, ont eu l’idée judicieuse de publier cet ouvrage qui rend justice à un authentique révolutionnaire.
Le livre est impeccablement imprimé et la couverture particulièrement réussie. Le titre, Gracchus Babeuf, est suivi d’un sous-titre malicieux : Biographie non autorisée. L’auteur, Thierry Guilabert, brosse avec justesse le tableau de la période, dans un style riche et vivant. La bibliographie est particulièrement fournie. De fait, le lecteur est bluffé par l’érudition de l’auteur. Son Babeuf, qui fait suite à un magistral Meslier (même éditeur), deviendra, assurément, un livre de référence.

Dan Beaulieu
 

La propriété est odieuse dans son principe et meurtrière dans ses effets.

La nature n’ayant donné de propriété à personne.

Admettre l’inégalité, c’est souscrire à une dépravation de l’espèce.

L’éducation est une monstruosité lorsqu’elle est inégale.

C’est la grande propriété qui a inventé et soutient le trafic des blancs et des noirs qui vend et achète les hommes.

La prétendue supériorité de l’homme sur la femme et la despotique autorité qu’il s’arroge sur elle ont la même origine que la domination de la noblesse.

Il ne s’est jamais rien fait de grand dans le monde que par le courage et la fermeté d’un seul homme qui brave les préjugés de la multitude.

Je fais vœu de d’appeler prêtre c’est-à-dire charlatans, imposteurs tous ceux que je verrai dévier de la ligne des droits de l’homme.

Gracchus Babeuf (1760 -1797)




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